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Strabismes

Le mauvais doublage

Une vidéo à circulé où l'on pouvait voir et entendre Woody Allen (encore lui) expliquer pourquoi il avait du renoncer à faire jouer Carla Bruni dans son dernier film. Il y confie que malgré toutes ses qualités en tant que personne, elle a beaucoup de progrès à faire comme actrice et surtout que les visites intempestives de son mari sur le plateau et les colères alors piquées dérangeaient trop le tournage pour continuer la collaboration. Cette histoire ravit à plus d'un titre – la revanche de l'art sur le politique, de la sensibilité sur la rudesse, de l'humour sur le pouvoir, etc. – son seul défaut est qu'elle n'est pas vraie. C'est bien Woody Allen qui parle et son discours n'est pas tronqué, mais le doublage lui fait dire autre chose que ce qu'il ne dit en réalité. Habilement calé sur la gestuelle et les hésitations de Woody, singeant le ton un peu trainant propre au doublage simultané, le canular prend magnifiquement possession de notre désir d'y croire.
PS: le fou rire du ministre des finances suisse était lui aussi surinterprété. Dans son discours, il n'évoque ni la France ni son président, mais répond à une question sur la hausse des importations de viande assaisonnée.

Mauvaise foi



Si je vois une photo de Woody Allen avec écrit dessous Georges Perec, mes yeux qui reconnaissent Woody Allen veulent aller dans une direction, mais mes mêmes yeux qui lisent Georges Perec s’en vont dans une autre. Au-delà du comique inhérent à tout strabisme, cette disjonction texte-image peut être utilisée volontairement pour créer une situation perverse et signifiante. Cette méthode de travail s’apparente à la mauvaise foi.