Moine captchiste

Je trouve des captcha sur Internet et je les copie.



Comme leur résolution bitmap est très basse je dois les réinterpréter et prendre des décisions de créateur de caractères typographiques (épaisseur et hauteur des fûts, forme des empattements, courbes, etc.). Cette pratique puise aux fondements du dessin vecoriel et de son logiciel phare, avec lequel je les redessine.

En essayant de trouver la logique graphique de ces formes générées par une machine pour en tromper une autre, je fais valoir mes qualités d’humain là où elles sont inutiles. J’insère un bouffon dans un univers de contrôle. Je prends au pied de la lettre l’acronyme Captcha et le retourne comme un gant. Là ou il faut se contenter de saisir au clavier les lettres déformées que l’on déchiffre à l’écran pour accéder au suivant, je décide de m’arrêter pour les recopier. Ce faisant, je me trompe volontairement de niveau d’authentification. En recopiant je considère la forme des lettres plutôt que de les lire. Cette position d’analphabête naturaliste me semble la seule possible devant ces mots sans sens, ces signifiants qui ne renvoient à aucun signifiés. Elle est la sincère expression du désaroi de la raison devant ce petit scandale sémantique.



Mais une fois que je les ai extrait du système, que je les ai recopié et que je les regarde à nouveau, je ne peux que me rendre à l’évidence : une succession de lettres est un mot. Et ces mots ont ceci de fascinant qu’ils sont une matière d’écriture pure. Ils ne décrivent pas d’idée ni de discours, ne rendent aucun compte au sens.



Si ce qui les fonde est un protocole d’échange utilitaire et sophistiqué, une fois extraits de leurs contexte, il sont comme des graffitis orphelins qui défient l’autorité du langage à dire le vrai.
Leur mutisme un peu borné, leur incapacité à faire du sens malgré qu’on les déchiffre, renvoie à un certain « degré zéro de l’écriture ». Inarticulés mais prononçables, ils ne sont pas des borborygmes préhistoriques, mais des singeries presques parfaites de notre langage abouti. Ils sont troublants parce que presque pareils, irritants dans leur proximité nonchalante.


Gros plan



New York


J’ai commencé cette série en dessinant des structures pour enfants telles qu’on les trouve dans les parcs publics à Montréal. Je prends maintenant pour modèle des structures en tout point identiques ailleurs dans le monde (Kuala Lumpur, New York). L'alternance graphique de ces petites constructions avec les palais désertés de l’utopie moderne du Montréal des années glorieuses révèle un nouveau style international qui m’intrigue.
Merci à Marc pour le modèle.

Pont des soupirs


Entre deux ailes de l'hôpital Sainte-Justine à Montréal

Le clou de Baldessari

John Baldessari, l'artiste qui avait fait promettre à ses étudiants du Nova Scotia College of Art and Design de ne plus faire d'art ennuyeux (tout en les soumettant à la double contrainte de répéter indéfiniment cette injonction), a lui aussi travaillé l'idée du clou qui fixe l'œuvre au mur comme fondement de sa valeur. En 1972, dans Ingres and other Parables, il soumet un tableau peu connu (je souligne) de Ingres à un processus de réduction - comme on dit d'un bouillon ou d'une sauce - dont il ne reste, à la fin, que le clou.

Le clou de la Joconde


Dans une émission de radio de 1954 (rediffusée cette semaine par France Culture) Sacha Guitry raconte cette anecdote :

[Le 21 août 1911] un homme a volé la Joconde. Il l'a décrochée ; il l'a enveloppée dans une couverture ; il l'a mise sous son bras et passant devant les gardiens qui veillent aux barrières du Louvre, il a dit simplement : «Pour la restauration», et il l'a emportée chez lui ; et il ne l'a montrée à personne ; et pendant des semaines il s'en est délecté. La Joconde avait disparu. Le bruit s'en répandit dans le monde entier et il s'est passé alors une chose extraordinaire. Il a fallu organiser au Louvre un service d'ordre pour endiguer la foule innombrable des visiteurs qui venaient pour regarder le clou auquel pendant des siècles avait été accrochée la Joconde. On me l'avait dit, je ne voulais pas le croire, et moi-même j'y suis allé : c'était vrai ! J'ai questionné l'un des gardiens : «Et tous les jours il y a autant de monde que cela?» Et le gardien m'a répondu : «Mais Monsieur c'est à ne pas croire! Elle a beaucoup plus de visiteurs en ce moment qu'elle n'en avait quand elle était là.»



Jack l'échangeur

Nous y voilà (12)


In Strip-tease de Joe Matt, p75

Turcoter



j'ai conjugué le verbe Turcoter en imaginant qu'il pourrait s'agir de l'activité qu'on fait sur l'échangeur Turcot. Un grand huit qui fait vroum.

Nous y voilà (11)


In Le legs de L'alchimiste tome I, de Tanquerelle & Hubert, p21

Nous y voilà (10)


In Romain de Mélaka (p21)

Signalétiques captcha

L’invention de l’imprimerie a contribué à figer la notion littéraire du texte comme forme essentielle. Apparue en même temps, la typographie s’est substituée à la copie manuscrite. Avec la disparition du manuscrit, ont disparu également les dispositifs inventés par les moines copistes pour rectifier, amender ou falsifier les textes dont ils avaient la charge. Dans son livre Comprendre la typographie, un guide théotrique et pratique, Ellen Lupton cite un livre d'heure du treizième siècle où l'on voit un petit moine qui escalade le corps du texte pour pointer l'endroit où il aimerait bien insérer une phrase rajoutée dans la marge inférieure (on pourrait presque le surplomber d' une bulle « nous y voilà »).



Avec l’apparition du web, de nouveaux types d’erreurs ont transformé notre rapport à la connaissance et notre façon de distinguer le vrai du faux. L’usage massif du copier-coller tend à faire disparaître le contexte initial d’énonciation d’une information ; les falsifications volontaires et leurs corrections sont rendues possibles par le développement des wikis ; mais plus généralement ce sont les moteurs de recherche qui, en réorganisant la connaissance, la transforment, comme l’imprimerie l’avait transformée au XIVe siècle. Surtout l’extraordinaire croissance de la somme des documents disponibles rend caduque toute velléité de contrôle de l’information.
Dans ce contexte, des systèmes se développent qui ont trait à la sécurité des données comme à la possibilité de leur accès. Je pense au web profond ou web invisible, la partie du web accessible en ligne, mais non indexée par des moteurs de recherche classiques. Je pense également aux Captcha, ces petites dérives typographiques qui permettent de différencier de manière automatisée un utilisateur humain d'un ordinateur.

Ces notions renvoient aux signalétiques silencieuses auxquelles je m’étais intéressé lors de mon projet sur la signalétique de Montréal. Des systèmes de résistance aphones qui agissent en quelque sorte contre eux-mêmes, qui cherchent avec force à neutraliser leurs effets, en utilisant la force de leurs effets.

Désédifier






Le principe des petites machines à « désédifier », (le plus souvent un âne, ou une girafe, stylisés) fonctionne un peu à l’inverse du sens commun. Ici l’action défait – je pousse sur le bouton et l’âne s’écroule ; mais ce petit désastre est réversible et ne durera que le temps de ma pression sur le bouton – que je le lâche et le petit âne retrouve sa position initiale. En appliquant ce principe de réversibilité du rapport construction/destruction à ces figures essentielles de notre patrimoine culturel que sont le David de Michelangelo ou la tour Eiffel, je cherche un contre-pied à l’idéal rationnel qui fonde le regard qu'on leur porte.

Si, mais seulement si



Pelote


Pour voir l'animation, cliquer ici

Nous y voilà (9)


In Le rendez-vous de Sevenoakes de Floc'h et Rivière

Avec des pincettes


Les guillemets digitaux indiquent qu’on ne prend pas à son compte ce qui est dit au moment pile où on les agite. Pincettes gestuelles pour pallier un manque de l’oral sur l’écrit, l’usage de cette précaution oratoire est tellement pratique qu’elle tend à se généraliser en tic pour prendre ses distances envers tout ce qui prête à controverse.

Élections - démission



Hier, je votais pour la première fois au Canada.
La veille, j'ai démissionné du Quartier libre où je travaillais depuis presque 6 ans.
Les dessins sont pour La Rue des Érables ou je vais continuer à publier mes dessins de presse.

Sol


«En dépit de ces doutes et de ces reproches que je me faisais l'après-midi, je m'obstinais, bien qu'elle fût mal définie, dans ma conviction qu'une étude sérieuse sur n'importe quelle connaissance humaine, théorie ou croyance, si elle est entreprise sans cruauté avec un esprit critique, finit par révéler quelque secret ou aperçu précieux et permanent sur la nature de la vie et la véritable destinée humaine.»
In L'objet du scandale de Robertson Davies (p223)